SLAGUE: Une histoire de pierre et d’amour
2009-05-20Le 11 mai dernier, le théâtre Périscope a procédé à la remise des prix du Concours Acte critique 2008-2009. Ce concours revêt une importance toute spéciale. En plus de se rapprocher à leur public scolaire, il incite les étudiants à devenir des spectateurs actifs et à élargir leur expérience théâtrale. Bien sûr, il offre aux compagnies qui se produisent sur leurs planches une idée de l’appréciation des jeunes spectateurs sur leur pièce.
Pour le simple plaisir de goûter aux réflexions critiques des participants, voici un texte portant sur Slague, qui a remporté la 3e place.
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La pièce Slague, L’histoire d’un mineur, une production du Théâtre du Nouvel-Ontario, présentée au Théâtre Périscope du 11 au 16 novembre 2008 est une traduction de Jean Marc Dalpé d’une pièce écrite par le dramaturge et auteur Mansel Robinson. Dalpé et Robinson partagent un même paysage imaginaire marqué par le nord de l’Ontario ainsi qu’une impulsion commune, celle de donner la parole à ceux qui ne l’ont habituellement pas : les laissés-pour-compte, les marginaux, la classe ouvrière opprimée.
Telle est l’ambition de cette pièce troublante d’humanité, où l’on découvre un homme prisonnier de son corps, de sa culpabilité et de son désir de vengeance qui tente par la parole, en racontant son histoire et celle de son fils, de remonter à la surface, de réparer le passé afin de revivre. Se sentant en partie responsable de l’effondrement d’une galerie souterraine où il a vu périr son fils, Pierre DeLorimier est souillé par le travail minier, ce travail qui l’a insidieusement entraîné, comme plusieurs autres, à contourner les règles usuelles de sécurité ainsi qu’à rechercher l’économie de temps et le profit. Ayant perdu l’usage de ses jambes lors de cet accident et ne pouvant plus travailler, Pierre se perçoit désormais comme un résidu de la société, un être délaissé et impuissant. Sa profonde colère, qu’il s’emploie à noyer dans l’alcool, provient également de l’incapacité qu’il avait à exprimer ses sentiments à son fils alors qu’il était toujours vivant. L’amour non-dit entre un père et son fils forme l’arrière-plan de cette pièce. La mise en scène de Geneviève Pineault donne toute sa force et son intelligibilité au texte de Robinson en rendant, d’une part, la mine omniprésente aux yeux des spectateurs et, d’autre part, en laissant place, par un décor sobre et épuré, à l’intériorité du personnage principal ainsi qu’à toute sa souffrance. Le sol et la table de la cuisine évoquent la slague en raison de leur couleur brunâtre et des sinuosités qui les recouvrent. L’éclairage et l’environnement sonore, composé entre autres d’échos et de bruits de forage, se joignent également au décor afin de rappeler cet univers sombre et inhospitalier où des travailleurs s’engouffrent quotidiennement. La table, élément scénique indispensable, symbolise véritablement un carrefour de la parole. En faisant appel à l’imaginaire des spectateurs, le comédien Jean Marc Dalpé utilise cet objet afin de créer des espaces virtuels qui laissent supposer un ailleurs bien que l’ensemble de la pièce se déroule dans la cuisine de Pierre. Pour créer un certain dynamisme, Dalpé, bien qu’il soit seul sur scène, incarne tour à tour d’autres personnages en métamorphosant son ton, son vocabulaire ainsi que son attitude corporelle. Cette oeuvre colle à la peau de Dalpé et il y offre une performance d’une justesse saisissante.
Slague, L’histoire d’un mineur nous interpelle quant à nos priorités en tant que société ainsi qu’à l’aide offerte à ceux qui en ont besoin, ces derniers demeurant bien souvent incompris. Dans ce portrait du monde en noir et gris ressort toutefois une lumière, celle du pouvoir guérisseur de la parole.
Maude Couture
21 ans
Université Laval
3e place, catégorie 18-25 ans









